Des réals qui s’Echap

Comme vous le savez si vous avez lu la critique d’Echap que j’ai fait récemment (si vous ne l’avez pas lu, c’est mal, allez-y je vous attends), j’ai particulièrement aimé découvrir et vous faire découvrir ce film. Il me semblait donc juste de laisser la possibilité aux réalisateurs de répondre à toutes les questions qu’on (et surtout moi en faite) pouvait se poser.

Photo prise sur le tournage d'Echap

Mya0u : Salut les gars. Commençons vite, commençons bien, dites-nous comment vous êtes arrivés dans le ciné (études, rencontres etc.) ? Etait-ce une réelle passion, une tendre vocation, ou un pur hasard ?
Christophe Trent Berthemin : Salut. Au siècle dernier, j’ai fait un Lycée avec Option Cinéma et j’ai ensuite passé une Maîtrise d’Arts du Spectacle en Cinéma à l’IECA de Nancy. Pendant ce temps, je faisais aussi des articles Ciné pour divers supports, ce que je continue à faire d’ailleurs. Tout ça vient d’une passion. J’ai appris à lire avec le magazine Première, non pas parce que mes parents étaient fous de Ciné, mais parce qu’ils m’ont toujours laissé suivre mes envies. Ils m’ont toujours laissé regarder ce que je voulais et j’ai donc pu me faire une cinéphilie assez rapidement et surtout, avec mes propres goûts. Je suis un enfant de la VHS, des vidéoclubs, du Grand Film de dimanche soir de TF1, de La Dernière Séance ou du Cinéma de Minuit.
Dist de Kaerth : Pour ma part, ça a été une sorte de suite d’évènements. De la musique, j’ai appris un peu l’image faute de moyens à l’époque pour engager des infographistes pour les jaquettes et flyers, donc l’image est venue petit à petit, de manière autodidacte se greffer à ma formation de base : Le son. Mais, c’est vraiment devenu une passion, tant la prise de vue que la retouche, l’étalonnage. J’aime bien savoir qu’un instant vu par un appareil photo est à la fois un témoignage, mais surtout une interprétation subjective qui passe justement par l’imaginaire, y’a une côté gosse qui s’imagine un monde au-delà de ce qui existe, je suppose que c’est ça qui me plait en définitive.

M : Pouvez-vous nous parler de vos carrières respectives dans le domaine du spectacle, ciné, bien sûr, mais musique aussi, car je crois savoir que vous êtes tous deux des musiciens ? La musique et le milieu musical vous influence-t-il dans vos choix artistiques autres ?
DDK : J’ai joué dans deux groupes (beaucoup plus en fait, mais deux notables) Alpha-Project, qui ne fait plus grand chose maintenant, et After gloW, qui n’existe plus. Mais comme je te le disais plus haut, c’est à travers la musique que j’ai commencé l’image, et le but était de retransmettre l’ambiance musicale aux yeux des gens, donc, oui, j’vais avoir un sens de l’image influencé par ce que j’écoute, c’est une sorte d’exercice de perception, c’est très intéressant à faire.
CTB : Je me suis mis à écrire des scénarii quand j’étais pion et que je m’emmerdais la nuit à surveiller des internats et en 2008, je suis passé à la co-réalisation avec le court-métrage Rémy qui n’était d’ailleurs pas un scénar à moi. Après ça, je me suis dit que je voudrais retourner derrière la caméra rapidement. Pour ce qui est de la musique, j’ai chanté douze ans dans un groupe de rock, métal de Nancy appelé Tawn mais le groupe s’est arrêté et depuis, j’ai arrêté la musique. Je reprendrai sûrement mais pas maintenant. Dans le ciné, la musique est une influence primordiale parce qu’elle te donne une notion de rythme qui est très importante. Parfois, avec Dist, quand on pensait à l’ambiance d’une scène, on en parlait en prenant pour exemple une chanson ou un groupe, pas forcément un film.

M : Quels sont vos genres de prédilection au ciné, à mater comme à réaliser ?
DDK : Je crois pas que j’ai de genre de prédilection. J’aime des réalisateurs aux styles très différents, tout comme en musique je peux écouter de tout, j’suis assez réceptif aux émotions que mettent les gens dans ce qu’ils font, je crois qu’au-delà du genre, c’est ça que j’aime, quand le réal met ses couilles dans son film.
CTB : Pour te donner une idée, parce que je galérais à écrire ces jours-ci, j’ai passé mon week-end à mater des films que j’aime beaucoup comme Comme un Boomerang, Le Secret, Folle à Tuer, Légitime Violence, Un moment d’égarement ou encore La Gifle, et je suis également allé au ciné voir Louise Wimmer. Et même si ceux-ci ne sont que des films français, j’aime le Cinéma au sens large, de partout et de toute époque.  

M : Echap est sorti depuis mi-novembre et les critiques pleuvent déjà, de très positives de ce que j’ai lu, mais aussi de très mauvaises, comment fait-on pour ne pas avoir envie de tout envoyer chier face à ça ? Avez-vous la patience d’expliquer aux gens votre vision du film lorsque la leur est trop étriquée ?
DDK : Bah, tu sais, après avoir fait de la zique et fréquenté les forums pleins de gens persuadés de détenir une précieuse vérité, tu finis par prendre du recul par rapport à ça, et j’en viens même à capter que les gens critiquent selon leurs repères, donc finalement, à travers nous, c’est leur propre inaptitude à certaines choses, ou même tout simplement à l’action en elle-même qu’ils critiquent. Echap n’est pas parfait, on en a bien conscience, de là à dire qu’il mérite l’acharnement de certains, NON ! Pis merde, c’est notre bébé, on le défendra !
CTB : On n’a pas non plus à expliquer aux gens parce qu’on ne peut pas accuser les gens qui n’aiment pas le film alors qu’on a fait une proposition. Personne ne nous a obligé à faire un film donc une fois qu’il sort, ça devient un produit public et les gens en font ce qu’ils veulent. Je ne vais sûrement pas me faire des amis en disant ça mais j’emmerde le public, parce que c’est une notion abstraite et que je peux me permettre de le dire parce que je suis également le public. On ne peut pas plaire à tout le monde, l’essentiel étant de se plaire à soi et aux gens avec qui tu partages l’aventure, si c’est le cas, il y aura d’autres gens qui aimeront parce que je ne pense pas être un cas isolé et que l’ensemble sera sincère. Si ce n’est pas le cas, pas grave, il existe assez de films pour satisfaire tout le monde. En France, le public n’ose rien mais c’est comme ça qu’on fabrique aussi les succès. Quand un million de gens va voir Intouchables en quelques jours, d’autres millions de gens se disent qu’il faut y aller parce que ce film doit le mériter. Ils veulent suivre et ne pas être à la traîne quand les gens en parleront à leur dîner du samedi soir. C’est un effet boule de neige. Et dans un cas comme ça, beaucoup de gens vont voir ce film non pas parce qu’ils ont envie mais pour savoir pourquoi autant de gens ont eu envie avant eux. La même semaine, ils passeront peut-être à cause de ça à côté d’un film qu’ils auraient vraiment aimé voir mais qui ne sera plus à l’affiche la semaine suivante. A l’inverse, il y aura toujours ceux qui n’aimeront pas juste parce que des millions de gens aiment. Dans beaucoup de cas, bien des avis sont falsifiés alors que le Cinéma ne devrait être qu’une question d’affinité personnelle, de ressenti et de moment. Si tu vas voir un film sur quelqu’un qui a une maladie mortelle et qu’un de tes proches vient d’en claquer, tu seras sûrement plus touché que si la maladie ne faisait pas partie de ta vie. Pareil pour l’amour, la colère et toutes ces émotions qui font un film. Ce qui m’agace, en revanche, ce sont les gens qui regardent dix minutes du film en streaming, coupent et viennent prendre le temps de nous dire que c’est de la merde. Mais eux, je les emmerde.

M : J’ai souvent lu, et dit moi-même, que vous aviez choisi de casser les codes du film d’épouvante, était-ce réellement un choix artistique ou s’est-il imposé par manque de moyen financier et technique ne vous permettant pas de blinder Echap d’effets spéciaux ?
CTB : Plutôt que de casser les codes, on a voulu jouer avec. Du moins, avec ceux qu’on estime être des codes. Dès le départ, on savait qu’on ne voulait pas faire passer le récit par des effets sanglants par exemple. J’ai des potes qui sont très bons en effets-spéciaux et on aurait pu les appeler mais on a voulu tenter de voir ce qu’on pouvait faire sans, dans la suggestion et ce, dès le scénario. Ca relève encore plus de l’envie d’expérimenter. Mais si un jour, je mets du gore dans un film, ce sera sûrement dans tout sauf dans un film d’horreur.
DDK : L’un est sans doute conséquence de l’autre… mais dans les deux sens, le manque de moyen te repousse dans certains retranchements créatifs, et l’envie de faire un truc spontané et vrai te fais être plus modeste sur les moyens et peut être moins sur la sueur. C’est une forme de code aussi.

M : Le jeu des actrices et leur crédibilité à l’écran est souvent remis en cause et « l’argument » le plus exploité concerne le milieu dont quatre d’entre elles viennent. Pouvez-vous nous expliquer ce choix de prendre des actrices de X pour un film où la seule chair visible est le torse de Dist (mesdames… vous savez ce qu’il vous faut demander au papa Noël…) ?
DDK : Euh… merci ! Mais, blague à part, je viens du porn, je connaissais bien les filles, je savais qu’elles seraient super, impliquée, bosseuses, etc. Si ça gène les gens, ben qu’ils aillent voir Intouchables.
CTB : Si le film a été tourné vite, qu’il souffre donc de certains défauts inhérents à ce rythme, on n’aurait dans tous les cas pas fait de répétitions parce qu’on voulait que les filles se servent de leur personnage pour parler d’elles et que tout se fasse dans l’instant. On s’est servi de plein d’éléments réels pour nourrir leurs personnages, comme leur fatigue. Fatigué, on est un peu déconnecté et ça joue dans un contexte comme celui-là. D’autant plus que leur jeu est censé être assez monocorde pour renforce le poids de la fatalité qui les guette. Mais ça, le spectateur ne le sait qu’à la fin et peut donc trouver ça étrange avant.

M : Pourquoi avoir mêlé ésotérisme et nouvelles technologies, ancrant ainsi votre long métrage dans une époque bien précise, risquant donc de le voir « mal vieillir » d’ici les voitures volantes ?
CTB : Parce que la voiture volante est le parfait exemple d’une pensée du futur qui est déjà datée. C’est comme dans le cinéma de SF ou d’anticipation qui est pour moi surtout réussi lorsqu’il est daté parce que plutôt que de donner une vision du futur, il donne une vision d’un futur selon un présent et en dit donc beaucoup plus sur l’époque que sur l’hypothétique avenir. Il n’y a pas plus historique et social qu’un film d’anticipation. Mais j’aime quand le moment présent est instantanément daté au Cinéma, c’est toujours une preuve qu’il est ancré puisque ce qui s’est déroulé il y a une seconde appartient déjà au passé. Et dans une époque consumériste, le passé arrive très vite car les avancées technologiques sont de plus en plus rapides. Mais si ça permet d’aider les gens de se dire qu’on ne soigne toujours pas la plupart des maladies alors qu’un nouveau téléphone surfe plus vite sur le net que le précédent, tant mieux pour eux. 
DDK : Justement ! Plus tu marques l’époque, plus tu pourras, dans 10 piges remettre les choses dans le contexte. Retour vers le futur ne PEUT PAS vieillir. Les effets, à la rigueur, mais pas le film. Alors que Matrix est déjà old school ! C’est le futurisme qui vieillit mal, pas l’instant présent, n’importe quel lama bouddhiste te dira ça ! (LOL !)

M : La BO est magnifique, à quand le CD dispo ?
DDK : Quand un mécène nous offrira le pressage (envoyez vos offres à mat.werther@gmail.com).
CTB : C’est vrai qu’on a pas mal de bons retours sur la BO, ce qui fait plaisir parce que nous en sommes aussi les compositeurs. On va voir ce qu’il en est déjà avec le DVD vu qu’elle est en écoute dessus dans les bonus mais pourquoi pas la sortir plus tard. Et on aurait aimé faire un clip sur la musique du générique de fin interprété par The Dickmillerz également. D’ailleurs, on peut remercier Noémie et son amoureux qui ont composé le morceau de début en jap, Lussi qui nous a prêté sa voix et Julien Cassarino et David Castel pour la chanson de fin qui dépote.

M : Quels sont vos projets, en commun ou non, dans un avenir proche ?
CTB : Je viens de terminer une première version d’un scénario que je compte tourner dès que je peux, un long-métrage appelé Légitime et qui est une comédie assez nihiliste, avec un côté assez théâtral, un film complètement libre puisque je ne dépends une nouvelle fois de personne. A côté de ça, je viens de finir la v.1 d’un film de genre, Wheel, que je développe avec Insolence Productions. Mais là j’ai envie de profiter de la sortie d’Echap pour évacuer dans Légitime une certaine colère que je ressens, le tout dans une vraie urgence. Ce sera un film assez froid. Pour le reste, on verra.
DDK : Moi, j’ai de l’écriture pour un long qui s’appellera Near Love Experience ainsi qu’on court avec Noémie et Nina Roberts, et un album pour mon projet musical Lith-Ah en cours. Refaire un truc avec Trent, avec plaisir, je finis ça, et on s’y met !

M : Un petit mot pour finir ?
CTB : Merci me semble pas mal.
DDK : Merci à toi et à tes lecteurs !

Merci encore à eux! J’ai hâte de voir l’évolution de leurs carrières respectives!

Publicités

Un commentaire?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s